I.Pourquoi douze, et pas plus
Une trace GPX brute, c'est une longue suite de points — position, altitude, instant. Tels quels, ces points ne disent rien. Ce sont les mesures qu'on en tire qui racontent la sortie : combien de temps, sur quelle distance, dans quel relief, à quelle intensité, avec quel cœur. GPXchunk en calcule douze, et chacune éclaire un coin différent du même tableau.
Pourquoi exactement ces douze ? Parce qu'elles ont une particularité utile : elles changent toutes de sens quand on isole une portion de la trace plutôt que de regarder la sortie entière. La vitesse moyenne d'une sortie de trois heures n'est pas celle de la côte du milieu. Le D+ d'un parcours total écrase le D+ de la grimpée qu'on veut analyser. Douze chiffres qui se laissent recadrer, c'est ce qu'il faut pour passer du « bilan global » au « morceau qui compte ».
Moins, on rate des choses (sans dénivelé négatif, impossible de distinguer un parcours plat d'un toboggan où l'on remonte ce qu'on a descendu). Plus, le tableau de bord devient illisible. Douze, c'est le compromis qui couvre les quatre dimensions essentielles : la distance, le relief, le temps, et le corps.
II.Distance et temps : la fondation
La distance d'une portion, c'est la somme de tous les petits déplacements horizontaux entre points consécutifs de votre trace. Pas la ligne droite entre le début et la fin : les zigzags du sentier comptent, les lacets d'un col aussi. Sur une montée en virage en épingle, la distance parcourue peut être deux fois supérieure à la distance « à vol d'oiseau ». C'est cette distance-là que GPXchunk affiche, et c'est celle qui colle à votre ressenti.
Le temps de la portion, c'est la durée écoulée entre le premier et le dernier point sélectionné. Simple — sauf un piège : si vous avez fait une longue pause au milieu et que votre montre n'a pas mis l'auto-pause, le temps inclut la pause. Sur une trace bien enregistrée, ce n'est pas un problème. Sur une trace qui contient un déjeuner d'une heure, ça l'est. À garder en tête quand la vitesse moyenne paraît bizarrement basse.
Distance et temps sont les deux fondations. Toutes les autres mesures en découlent — la vitesse, l'allure, la V.A.M. La qualité de votre lecture dépend donc de la qualité de ces deux-là, et notamment de la sélection précise de vos bornes.
III.Le relief : D+, D−, et leurs deux extrêmes
Quatre mesures s'occupent du relief. Elles paraissent redondantes, et ne le sont pas du tout.
Le dénivelé positif (D+) additionne toutes les montées du segment. Pas la différence entre l'altitude de départ et celle d'arrivée — l'accumulation de toutes les variations vers le haut. Sur une crête qui monte et descend cinquante fois, le D+ peut être considérable même si vous finissez à la même altitude qu'au départ. C'est la mesure préférée des traileurs et des randonneurs, parce qu'elle reflète le travail réel des jambes. Comment ce chiffre est calculé mérite un article à part — la valeur dépend d'un seuil anti-bruit, et c'est ce qui explique les écarts entre Strava, Garmin et les autres.
Le dénivelé négatif (D−) fait le même travail dans l'autre sens : l'accumulation de toutes les descentes. Sur une boucle qui revient au point de départ, D+ et D− sont presque égaux. Sur un point-à-point où vous finissez en altitude, D+ est beaucoup plus grand. Sur une descente pure, c'est l'inverse. Le couple D+/D− raconte donc le profil global du segment : ascendant, descendant, ou cyclique.
L'altitude maximale et l'altitude minimale sont les deux bornes verticales de la portion — le point le plus haut et le point le plus bas qu'on a touchés. Leur différence donne ce qu'on pourrait appeler l'« amplitude » du segment. Et là, attention au piège : cette amplitude n'a presque jamais de rapport avec le D+. Un segment de crête entre 1800 et 2000 m peut afficher 200 m d'amplitude verticale et 800 m de D+ — parce que la crête monte et descend en dents de scie. Le D+ raconte l'effort, l'amplitude raconte le territoire.
IV.Vitesse et allure : la même chose, deux langues
Voici une originalité : deux mesures, exactement la même information, exprimée de deux manières opposées. La vitesse moyenne, c'est la distance divisée par le temps — exprimée en kilomètres par heure. L'allure moyenne, c'est le temps divisé par la distance — exprimée en minutes par kilomètre. Les deux disent strictement la même chose. Le choix dépend de votre discipline.
Les cyclistes pensent en vitesse : les valeurs sont grandes (20, 30, 40 km/h), elles varient beaucoup, on compare facilement. Les coureurs et les randonneurs pensent en allure : les valeurs sont plus granulaires aux vitesses lentes, et la grammaire « 5 minutes au kilomètre » est universelle dans la course à pied. Un cycliste à 30 km/h et un coureur à 2'00 au kilomètre vont à la même vitesse — mais aucun des deux ne traduit naturellement dans l'unité de l'autre.
Le piège dans les deux cas : c'est une moyenne. Sur un segment vallonné, l'allure moyenne cache d'énormes variations entre les portions montantes et descendantes. Lire le profil d'altitude à côté permet de repérer où le temps a été perdu — c'est exactement ce que GPXchunk synchronise entre ses trois vues.
V.Pente nette et V.A.M. : la difficulté de la montée
Deux mesures pour caractériser la grimpée. Encore une fois, elles ne disent pas la même chose.
La pente nette est la différence d'altitude entre le début et la fin du segment, divisée par la distance horizontale parcourue. Elle s'exprime en pourcentage. Une pente nette de 7 %, ça veut dire : en partant de A, on est arrivé en B avec sept mètres de plus en hauteur tous les cent mètres parcourus. C'est utile pour dire « cette montée fait 7 % de pente moyenne ». Mais — et c'est important — c'est une pente nette, pas moyenne ressentie. Sur un yo-yo qui descend, remonte, descend, remonte, la pente nette peut être de 0 % alors que les jambes auront fait beaucoup de travail. C'est là que le D+ vient compléter la lecture.
La V.A.M. — pour Vitesse Ascensionnelle Moyenne — est la vraie mesure de la performance en montée. Elle se calcule comme le D+ divisé par le temps, et s'exprime en mètres par heure. Pas en mètres par kilomètre, pas en pourcentage : combien de mètres de montée vous avalez en une heure, point. C'est la mesure de référence du cyclisme de montagne.
Quelques repères pour calibrer : en cyclisme, un grimpeur professionnel monte à 1 600–1 800 m/h sur une longue ascension. Un coureur de trail expérimenté tourne autour de 800–1 200 m/h sur une côte dure. Un randonneur en bonne forme avance entre 300 et 500 m/h sur du dénivelé soutenu. Lire la V.A.M. d'une portion, c'est lire votre niveau dans le langage universel des sports de montée — et c'est ce qui permet, sur une sortie de trail, de trier les côtes pour trouver laquelle vous a vraiment cassé.
VI.Le cœur : FC moyenne et FC max
Deux dernières mesures, et elles ne sont pas toujours là : la fréquence cardiaque moyenne et la fréquence cardiaque maximale du segment. Pour qu'elles s'affichent, il faut que votre montre ait enregistré votre cardio dans le fichier — la plupart des montres sportives le font, les smartphones rarement. Si la trace ne contient pas l'information, GPXchunk passe ces deux lignes sous silence : pas de chiffre inventé.
La FC moyenne, c'est la moyenne arithmétique de toutes les valeurs cardio enregistrées sur la portion. Elle dit dans quelle zone d'effort vous étiez — endurance fondamentale, seuil, anaérobie. La FC max, c'est la valeur la plus haute atteinte — elle révèle un sprint, un dernier raidard, un moment de vraie tension.
Le piège : la FC moyenne sur un segment court avec une grosse variation ne raconte pas grand-chose. Trois minutes de relance suivies de trente secondes de sprint donnent une moyenne intermédiaire qui n'a existé à aucun moment réel. C'est dans ces cas-là que la FC max devient plus parlante. Et c'est aussi là que l'analyse portion par portion reprend tout son sens : isolez le sprint seul, et la FC moyenne du sprint colle à l'expérience.
VII.Lire les douze ensemble
Pris isolément, chacun de ces chiffres dit peu. C'est leur conversation qui raconte la sortie. Imaginez une portion : 5 km en 30 minutes, soit 10 km/h de moyenne. Pas spectaculaire. Mais ajoutez les autres : 350 m de D+, V.A.M. de 700 m/h, pente nette de 7 %, FC moyenne 165 bpm, FC max 178 bpm. Soudain, l'image se compose : c'est une vraie montée, soutenue (la V.A.M. de 700 m/h le confirme), montée sérieusement (FC moyenne en zone seuil), avec un coup d'accélérateur en fin de segment (FC max 178). « Lent » ne veut plus rien dire — vous lisez 10 km/h dans le contexte de 350 m de grimpée.
Une trace ne se résume pas à un seul chiffre. Elle se lit dans la conversation entre les douze.
C'est exactement ce que GPXchunk fait apparaître quand on isole une portion. Charger un fichier, poser les deux poignées, lire les douze côte à côte : on passe d'un bilan global moyenné qui ne dit rien à une lecture précise du morceau qui compte. La même trace contient autant d'histoires qu'on lui pose de questions.
Une fois le sens des chiffres compris, deux questions reviennent souvent. Où se passe l'analyse ? Sur GPXchunk, dans le navigateur seul : le fichier ne quitte pas votre machine, et nous expliquons pourquoi ce n'est pas qu'un détail technique. Et comment se comparent les outils du marché face à cette approche par portion ? GPXchunk vs Strava vs Garmin Connect détaille ce que chaque outil fait, et ce qu'il refuse de faire.