I.Trois outils, trois questions différentes
Quand on s'intéresse sérieusement à ses sorties, trois noms reviennent presque systématiquement : Strava, Garmin Connect, et — depuis peu — un analyseur dédié comme GPXchunk. Vus de loin, ils semblent en concurrence : tous les trois affichent des chiffres, des cartes, des graphiques. En pratique, ils répondent à trois questions fondamentalement différentes.
Strava répond à : « Comment je me situe par rapport aux autres, et par rapport à moi-même dans le temps ? »
Garmin Connect répond à : « Que disent mes données physiologiques sur mon entraînement et ma forme ? »
GPXchunk répond à : « Que dit exactement cette portion précise de ma trace, isolée du reste ? »
Trois questions distinctes, trois outils calibrés pour leur question. Le choix de l'outil dépend de la question qu'on se pose ce jour-là — pas l'inverse.
II.Strava : la communauté et la comparaison sociale
Strava a transformé l'application sportive en plateforme communautaire. Sa force tient en quelques mots : segments, leaderboards, flux d'amis, KOM et QOM. Vous parcourez une montée que d'autres ont parcourue avant vous, vous y êtes classé automatiquement. Vous publiez votre sortie, vos copains la voient et la commentent. Vous cherchez un parcours dans une région nouvelle, la heatmap Strava vous montre où les autres roulent. C'est ça, l'ADN de Strava : la comparaison sociale rendue triviale.
Idéal pour : se mesurer aux autres, suivre une communauté, repérer des parcours fréquentés, garder le contact avec des copains coureurs. Personne ne fait mieux Strava que Strava.
Limite : ce n'est pas un outil d'analyse fine en privé. Tout passe par le compte, par le partage, par l'affichage public. Si la question est « que dit cette portion de ma trace, indépendamment des autres ? », l'outil vous demande de monter un segment public pour avoir la réponse — c'est trop coûteux pour la question posée.
III.Garmin Connect : l'écosystème physiologique
Garmin Connect est l'extension naturelle de votre montre Garmin. Sa force est ailleurs : fréquence cardiaque, zones d'effort, charge d'entraînement, V.O. 2 max estimée, statut d'entraînement, suivi du sommeil et de la variabilité cardiaque. C'est un compagnon physiologique qui agrège des semaines, des mois, des années d'activité pour produire des tendances et des conseils. Couplé à des plans d'entraînement structurés et à l'écosystème Connect IQ, Garmin Connect couvre l'essentiel de la préparation sportive moderne.
Idéal pour : suivi long terme, programmes d'entraînement structurés, métriques de bien-être (récupération, sommeil, fatigue), intégration profonde avec une montre Garmin.
Limite : moins doué pour l'analyse géographique fine. Connect privilégie l'agrégation (moyenne de la sortie, courbes globales) à la dissection (cette portion-là, isolée). Le produit est conçu pour ranger des activités dans le calendrier d'entraînement, pas pour triturer une trace.
IV.GPXchunk : l'analyse géographique précise
GPXchunk fait une seule chose, et la fait à fond : isoler une portion arbitraire d'une trace GPX et lire ses douze mesures recalculées en direct. La grimpée d'un col dans une sortie de quatre heures, le sprint final d'une course, la descente technique d'un trail — deux poignées posées sur le profil d'altitude, et la portion seule livre ses chiffres.
Idéal pour : comprendre un effort spécifique en détail, comparer des montées sans créer de segment public, analyser une trace reçue d'un copain sans avoir à créer un compte, garder le baromètre brut de votre montre intact.
Trois choix d'architecture distinguent GPXchunk : aucun compte requis (vous ouvrez la page, vous chargez votre fichier), aucune donnée envoyée à un serveur (tout reste dans le navigateur — voir la voie local-only), et aucun lissage (la trace que vous lisez est exactement celle de votre fichier, sans correction d'altitude masquée).
Limite : pas de social, pas de longue durée, pas de programmes d'entraînement, pas de statut d'effort sur six mois. GPXchunk est un microscope à trace, pas un coach.
V.Tableau de décision : quand utiliser quoi
Au lieu d'arbitrer dans l'abstrait, partons de situations concrètes :
- « Comparer mon temps d'ascension d'un col à celui de mes copains et des inconnus » → Strava.
- « Voir l'évolution de ma V.O. 2 max ou de ma charge d'entraînement sur six mois » → Garmin Connect.
- « Lire le D+, la V.A.M., la FC moyenne de la grosse montée d'hier — sans la dilution de la sortie complète » → GPXchunk.
- « Suivre un plan d'entraînement marathon, semaine par semaine » → Garmin Connect.
- « Trouver une course populaire ou un parcours fréquenté dans une région nouvelle » → Strava.
- « Analyser une trace .gpx reçue d'un copain qui n'a pas de compte Strava » → GPXchunk.
- « Comprendre pourquoi j'ai craqué dans la dernière côte du trail dimanche » → GPXchunk.
- « Planifier ma semaine d'entraînement et voir mon score de récupération chaque matin » → Garmin Connect.
- « Poster ma sortie pour que mes copains la voient et y réagissent » → Strava.
Le tableau pourrait s'allonger indéfiniment, mais la logique est stable : la question détermine l'outil.
VI.Le cas honnête : utiliser les trois ensemble
La plupart des sportifs un peu sérieux utilisent les trois en parallèle — souvent sans s'en apercevoir. La sortie est enregistrée sur la montre Garmin, qui la pousse automatiquement vers Garmin Connect (suivi physiologique) et vers Strava (publication sociale). Quand le coureur veut creuser un effort précis — une montée mémorable, une relance difficile, une portion qui a coûté cher —, il exporte le .gpx et l'ouvre dans un analyseur dédié. Trois outils, trois moments.
Strava socialise, Garmin entraîne, GPXchunk dissèque. Trois rôles dans un même geste sportif — pas une concurrence.
Ce qui les rend complémentaires, c'est qu'aucun ne fait le travail des deux autres. Strava ne dissèque pas une portion isolée sans friction. Garmin Connect ne crée pas de communauté autour de votre sortie. GPXchunk ne suit pas votre forme sur six mois. Vouloir qu'un seul outil fasse tout, c'est demander à une montre d'être aussi un téléphone : techniquement possible, rarement satisfaisant.
VII.Si on devait n'en choisir qu'un
Pour le coureur loisir qui veut une seule application : Garmin Connect. Elle vient avec la montre, elle est bien intégrée, elle couvre 80 % des besoins (suivi, plans d'entraînement, métriques bien-être). Elle est aussi gratuite tant qu'on a la montre.
Pour le coureur social qui tire son engagement de la comparaison : Strava. L'effet réseau y est inégalé, et le moteur « kudos » reste un puissant moteur de motivation pour qui en a besoin.
Pour le coureur curieux, qui veut comprendre ce qui s'est passé sur une portion précise — préparation de course, débrief d'effort, analyse d'une mauvaise journée — : GPXchunk en complément. Ce n'est pas un outil de premier choix, et l'écrire honnêtement vaut mieux que prétendre l'inverse. C'est un microscope qu'on sort quand les questions deviennent précises.
Le bon réflexe : utiliser les trois selon le moment, sans s'inquiéter de la redondance apparente. Ce n'est pas de la redondance, c'est de la complémentarité.